Dominique

Rincé

Barjou

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"Deux ou trois choses que je sais d’elle.

Elle collectionne les bouts de nature, les morceaux de bois, les pierres, le sable des mers et des déserts. Elle voit le détail d’un pétale, d’une lumière, d’une moisissure qu’elle prendra en photo pour garder une trace de l’éphémère. Ces bouts de terre sont reliés à son histoire. Ils l’imprègnent de présence comme les couleurs de ses pigments, matière vivante, qu’elle posera sur ses toiles. Dans son œil, tout devient voyages, paysages intérieurs de Dominique. Ces tableaux ont les couleurs rappelant les étoffes d’Orient, les mousses des sous-bois, les fonds clairs ou chavirés de la mer. La fluidité évidente abrite un autre monde dont on perçoit quelques indices quand l’œil s’y attarde. Une lettre floue, une fine brindille noire, une silhouette surgissant, fantomatique. Tout un univers sous-jacent vit au milieu du flot coloré. Dans le vert ou le gris, il se cache. A nous d’y voir en écho nos propres univers, nos émotions secrètes, dans les profondeurs de nos âmes. Il ne faut pas hésiter à se promener, quitte à se perdre un moment dans ses toiles richement ornées. Se laisser transporter sur un rivage de Crête, dans un palais du Rajasthan ou dans la forêt de Brocéliande, voir les reflets de la lune dans l’eau, sentir le souffle chaud du vent dans le désert. Un jour peut-être, dans ces immensités ou ces recoins, on sera surpris de voir des visages, image d’un proche ou rencontre de hasard que l’on découvrira avec émerveillement. Ce sera le début d’un long dialogue silencieux, serein, réconfortant, chargé de vie. Bon voyage dans les toiles d’une artiste !"

 

Paule Amblard, écrivain

 

 

 

"J'ai rencontré Dominique Rincé Barjou l'an passé à Noirmoutier. J'avais écrit un commentaire sur son livre : Paroles de Toiles. Puis, j'avais visité dans l'île même ses deux ateliers . L'un à l'extérieur de sa maison sur la route des plages et l'autre dans sa maison-antre. Deux ateliers pour combler ce réel et rêvé désir de peindre qui la transporte au-delà de l'horizon. Elle est poète de la phrase concise comme un trait de peinture qui accompagne son œuvre. L'arbre au tronc vert a particulièrement retenu mon attention avec tout autour le brun d'écorce qui fait le fond de la toile. Il a force virile, du moins je le ressens ainsi. Un arbre de la nuit étrange qui donne à l'aube de sa peinture la patience du guetteur. Dominique Rincé Barjou est la peintre qui sait créer les alliances sensibles entre une rêverie qui empêcherait de peindre et cette force impérieuse de créer, coucher et toucher la toile afin de dire l'infini joie d'être au monde. C'est un monde solide dont rêve Dominique. C'est pour cela qu'elle voyage, qu'elle navigue à vue vers l'horizon.

Quand j'ai observé cette seconde toile dans son atelier de la maison-antre. L'impression immédiate ressentie est qu'il y avait une fraternité entre ces deux œuvres . Un frère et une sœur. Deux fruits de la nature. deux pensées créatrices de beauté et de justesse de sentiments et de sensations. Ce tableau est délicatement saisi dans son élégante  fragilité. Là, le fond est naturellement vert. Le tronc et sa chevelure prennent des couleurs d'automne. Comme des baisers délicats rouges, orangés. j'y vois, possible la source de sa poésie, " cette mousse unique du paysage" qu'elle nous transmet. Dans son univers,  il y a des séries consacrées au monde des arbres. Cela mériterait un livre de commentaires et de poésies connectées aux crépuscules de ses regards de peintre et de poète. En attendant, selon les saisons laissons-nous nous pénétrer par le subtil questionnement que sa peinture favorise au cœur de l'hiver à venir."

 

 Luc Vidal

Les Éditions du petit véhicule

www.lepetitvehicule.com/

 

 

Pour gagner le verger aux

arbres toujours verts

Aux fleurs fraîches et

neuves, aux herbes courageuses

Au ruisseau non souillé coulant

entre les mousses

C'est debout qu'il faut vivre

dans la force du monde

La chevelure au vent et le

cœur en éveil..

 

Luc Dietrich, Poésies (éd. Du Rocher)

 

 

"Elle vit depuis quelque temps près du Vieil et a posé son atelier dans l'Île de Noirmoutier. Dominique Rincé Barjou était venue au printemps 2013 peut-être au local des éditions du petit Véhicule pour donner à voir ses travaux de peintre et de poète. Paroles de Toiles est le livre que Dominique m’a offert dédicacé joliment. Son livre qui crée les alliances-saveurs des couleurs et des mots apaise le regard. Le titre même typographiquement installé sur fond gris en haut de casse imprimé en rouge vermillon et rose discret est un tableau lettré résumant l’esprit du livre. Le monde végétal source ses œuvres . Les sèves secrètes des arbres fertilisent le monde de ses créations. On ne lit pas forcément d’emblée les mots du titre mais on est attiré par les consonnes et les voyelles. On peut rêver sur la préposition de qui joint l’univers des couleurs (d’un certain silence) au monde de la parole, langage incarné de l’homme. Dominique Rincé Barjou est poète de la peinture et peintre du mot. Ses œuvres sont réalisées sur toile de lin ou sur papier acrylique, pigments, pastel, fusain, sanguine, encre, bâtons d’huile …et terres et aquarelles. La mise en page est élégante.

 

Les verbes lire et regarder sont synonymes et interchangeables pour saisir toutes les délicatesses de l'offrande peinte et écrite. Les mots ont des yeux et c'est avec ces yeux-là que je peux saisir les lignes forces, les lignes de cœur, les lignes de la fragile beauté du crépuscule qui tissent les toiles de Dominique avec le fil qu'elle "déroule" et qu'elle "emmêle" à nouveau. Elles sont des instants d'étoffe de la fugitive fin du jour. "Veille le jour/ Commence la nuit" écrit la poète. Le peintre invente des paysages et des poèmes  qui sont les larges ruelles de ses longs voyages intimes. Je lis ses toiles et je regarde ses textes. Instantanément, l'air circule dans son livre comme un pollen de joie tendre. Ces courts poèmes concentrés sont nés de l'acte de peindre dit-elle. Écrire-peindre est son credo créateur. Un poème par nature est porteur d'images et de métaphores. Cette "mousse unique de paysage" dont il est fait état dans Variation kaki engendre "soudain la fragilité d'un souffle imprévu". Une toile ne porte pas naturellement les mots dans le concret de sa matière. Quand mes regards feuillettent chaque double page les paroles et les traits-couleur ouvrent leur corolle d'imprévus.

 

Le poème est la musique et la mélodie de la toile comme la toile est la mémoire ("à l'envers") et l'écrin du poème. Alliance magique des fenêtres des jours et des nuits que semblent ouvrir sans cesse l'âme de l'artiste. Pour plonger ces regards dans le mystère de l'univers. Ces œuvres sont les fleurs de la voix et des inventions du geste. Chaque titre est donné pour titre commun au poème et à la toile. C'est un état d'amour que l'artiste nous donne. Prendre le temps de lire la table des matières est un délice quand la mémoire du lecteur est pleine des paroles et de l'offrande des couleurs. Éphémère corolle, Enquête d'équilibre, Je suis la passagère du temps, Le doigt de l'ange, Un peuple en marche, L'arbre, Quand l'une évanouit un tourbillon de nuit, Voyage en soi, Le deuxième matin du monde…. Voici des titres choisis pour mon plaisir. Mais ils sont les clés et les portes de ce livre. Chaque  page  alors est un récit ou une histoire à recomposer pour les bienfaits de son âme. "Respirer/ l'Harmonie du lac/ indéfiniment". Tout est douceur et ouverture paisible sur le crépuscule et les ombres de l'après-midi sans souci parce qu'il cloue "le bec au chagrin". L'artiste Dominique Rincé Barjou  sur les chemins du tao "se tient dans le profond". Cela touche à l'infini. Ces paroles de toiles ont trouvé un vocabulaire "pour désherber le passé" comme une tendresse du réel exprimée avec simplicité par les gestes de peindre. Tout ce qui entre dans son œil garde la plénitude et la santé de son existence. Il n'y a pas de personnage ici sinon "une silhouette fantomatique" surgissant comme le souligne sa préfacière Paule Amblard.  Mais, bien sûr les herbes de la nuit , les branches des arbres, un nid d'oiseau, "le doigt de l'ange", la vague de l'Île au loin, "une tourterelle volubile", les roses palpitantes, le ciel transparent, "les pieds dans l'eau" révèlent la subtile présence du vivant. Et puis cet arbre à la verte espérance dont les réseaux de sève justifient les créations de ce livre. "Tout va traverser/cette belle réalité du Créateur/avec pudeur/entre/la lumière et les sources" me parle doucement. Si j'ai mis en exergue un extrait d'un poème du fabuleux poète Luc Dietrich, l'ami de Lanza del Vasto c'est que j'y vois une concordance de lecture et de vision poétiques. Alors, si Dominique nous dit qu'elle est une passagère du temps, je la crois volontiers sur parole et sur toile. "

 

 

Luc Vidal, le 14 février 2015

Les Éditions du petit véhicule

www.lepetitvehicule.com/